Un crédit qui est un débit
Claire Dubois vient d'ouvrir un magasin de vélos. Son premier mois de comptabilité se passe bien jusqu'à ce qu'elle compare deux documents. Sur son relevé, la banque indique avoir « crédité » 500 quand elle a déposé la recette du jour. Dans ses livres, son comptable a enregistré ce même dépôt au débit du compte Banque. Crédit ou débit ? Qui se trompe ?
Personne. Claire vient de buter sur une confusion vieille de plus de cinq cents ans, qui se dissipe dès qu'on sait d'où viennent les mots.
Le compte comme une personne
Les marchands italiens du Moyen Âge tenaient surtout des comptes de personnes : de clients qui leur devaient de l'argent et de fournisseurs à qui ils en devaient. Ils écrivaient que le client deve dare, doit donner, ou deve avere, doit recevoir. De là l'italien dare et avere, et l'espagnol debe et haber, du latin debere, devoir, et habere, avoir.
Avec le temps, les mêmes mots se sont appliqués à tous les comptes, même la caisse ou les charges, qui ne sont pas des personnes. C'est pourquoi le débit ne signifie pas « ce que je dois ». C'est simplement le nom de la colonne de gauche d'un compte, et le crédit celui de la colonne de droite.
Pourquoi le débit est à gauche
Il n'y a pas de raison profonde : c'est une habitude. Les grands livres vénitiens plaçaient le débit de chaque compte sur la page de gauche et le crédit sur celle de droite, l'une en face de l'autre. Luca Pacioli décrivit cette disposition en 1494, l'imprimerie la diffusa dans toute l'Europe, et elle est restée. Aujourd'hui, dans toutes les langues, le débit est à gauche.
Chaque langue le dit à sa façon
| Langue | Côté gauche | Côté droit | Ce que disent les mots |
|---|---|---|---|
| Italien | dare | avere | donner et avoir |
| Espagnol | debe | haber | devoir et avoir |
| Anglais | debit | credit | du latin debitum, ce qui est dû, et creditum, ce qui est confié |
| Allemand | Soll | Haben | ce qui doit être et ce qu'on a |
| Grec | χρέωση | πίστωση | la dette et la confiance |
| Japonais et chinois | 借方 | 貸方 | le côté qui emprunte et celui qui prête |
| Hindi | नामे | जमा | le nom du débiteur et ce qui est déposé |
Derrière le mot crédit se trouve le verbe latin credere, croire. Faire crédit, c'était et c'est toujours avoir confiance que quelqu'un paiera. Le grec est arrivé seul à la même idée : πίστωση vient de πίστη, la foi.
Pourquoi la banque crédite ce que vous débitez
Revenons à Claire. Quand elle dépose 500, son argent à la banque augmente : dans ses livres, le compte Banque est un actif, et un actif augmente au débit. Mais pour la banque, ce dépôt est une dette : elle doit 500 à Claire. Dans les livres de la banque, le compte de Claire est un passif, et un passif augmente au crédit. Le relevé est rédigé du point de vue des livres de la banque, pas des siens.
Toutes deux ont raison, chacune dans ses livres. Le comprendre évite la moitié des confusions de ceux qui débutent.
Balance, être dans le rouge et dans le noir
Le mot balance, celui de la balance de vérification, vient du latin bilanx, la balance à deux plateaux. C'est bien cela : deux côtés qui doivent peser autant.
Les teneurs de livres écrivaient à l'encre rouge les chiffres négatifs et les pertes. D'où l'expression être dans le rouge, et en anglais in the red et, à l'inverse, in the black. Une histoire populaire raconte que le Black Friday tient son nom du jour où les magasins repassent dans le noir. C'est une explication tardive : l'expression était employée par la police de Philadelphie dans les années 1950 et 1960 pour décrire le chaos de la circulation au lendemain de Thanksgiving.
Chèque et auditeur
Le Trésor anglais s'appelait l'Exchequer, l'Échiquier, à cause du tapis à carreaux, comme un échiquier, sur lequel ses agents comptaient les sommes avec des jetons. De la même racine, le jeu d'échecs, vient le mot anglais check, contrôle, dont dérive chèque.
Auditeur vient du latin audire, entendre. Pendant des siècles, les comptes se rendaient à voix haute, et celui qui les vérifiait était, littéralement, celui qui les écoutait.
Ce que Claire a appris
Claire ne se dispute plus avec son relevé. Elle lit désormais débit et crédit pour ce qu'ils sont, deux colonnes, et avant de se demander si une opération est un débit ou un crédit, elle se demande de quels livres il s'agit. Son comptable dit que c'est la question la plus utile qu'un client lui ait jamais posée.
Où intervient Aconta Online
Aconta Online emploie les mots que les comptables ont toujours employés, en quatorze langues, et chacun est à un clic de son explication dans le glossaire : débit, crédit, solde normal, contre-passation et tous les autres. Chaque écriture montre ses deux colonnes et n'est enregistrée que si elles s'équilibrent. La première entreprise est gratuite, sans carte.
Questions fréquentes
Pourquoi parle-t-on de débit et de crédit ?
Ces mots viennent du latin debitum, ce qui est dû, et creditum, ce qui est confié, en passant par l'italien dare et avere. Les marchands médiévaux notaient ce que chaque personne devait donner ou recevoir, et les noms sont restés pour tous les comptes.
Pourquoi la banque crédite-t-elle mon compte quand je dépose de l'argent ?
Parce que le relevé est rédigé du point de vue des livres de la banque. Pour elle, votre dépôt est une dette envers vous, un passif qui augmente au crédit. Dans vos livres, le même dépôt augmente un actif, au débit.
D'où vient l'expression être dans le rouge ?
De l'habitude des teneurs de livres d'écrire à l'encre rouge les chiffres négatifs et les pertes.
